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L’AGIR PLURIDISCIPLINAIRE :

une démarche collective qui soutient des exigences éthiques (respect de la personne et des partenaires) et favorise la cohérence de l’action.  

Cette recherche-action conçue comme un processus de reconnaissance mutuelle est ouvert aux praticiens, aux équipes, aux usagers et aux citoyens concernés par le défi de la pluridisciplinarité. 

Pour vos commentaires, critiques, suggestions et contributions… Contacts :  atelier.pluriact@gmail.com                               

 

L’HOMMAGE DE PLURIACT A AXEL KAHN

Axel et Edgar.

Les deux Présidents d’honneur de Pluriact se trouvent réunis ce mois dans l’actualité. Axel Kahn nous quittait, dignement, ce mardi 2 juillet, quelques jours plus tard, le jeudi 8 juillet, Edgar Morin passait le cap de sa centième année. L’un et l’autre ont honoré notre démarche de leur caution morale et intellectuelle. Leur présence emblématique à l’enseigne de Pluriact se soutient de trois mots, complexité, altérité, éthique que chacun d’eux a fait vibrer sa vie durant. Par-delà cet indéfectible horizon commun, ce qui les relie de la façon la plus rayonnante est assurément leur amour immodéré de la vie : « J’ai aimé la vie passionnément » disait Axel, Edgar n’a cessé de l’aimer goulument : « Je refoule la mort en vivant ! ».

 

Axel Kahn et Edgar Morin ne sont pas des maîtres à penser. De disciples ne se reconnaissent que ceux qui cultivent librement l’élan d’émancipation qu’ils ont insufflé. Cette liberté chacun d’eux l’a épousée intellectuellement, charnellement dans ses engagements passionnés. Leurs chemins ne sont à priori en rien comparables, au parcours classique de l’universitaire brillant, d’aucuns seraient tentés d’opposer celui du baroudeur inclassable. Et pourtant !

Par-delà l’amicale pensée que nous adressons à Edgar pour son anniversaire, nous voulons, aujourd’hui dire notre dette à Axel, associé à notre aventure par l’entremise de Jean Navarro.  

 

Axel Kahn (1944 -2021)

Comment tracer sa voie lorsque l’on a un père philosophe, un frère féru d’histoire et de sciences humaines, le second épris des sciences dures. Ce n’est pas par vocation mais par élimination qu’Axel embrasse « les sciences semi-molles ». Malgré un premier prix au concours général de philosophie, il opte pour une carrière scientifique spéculative constamment ouverte à de nouvelles questions : la génétique. Son père, Jean, est peu concerné par les questions qui touchent à la basse corporéité qui borne notre liberté au regard des aspirations infinies qu’offre l’esprit, ses nombreux écrits sont philosophiques, pédagogiques, parfois historiques et politiques, jamais scientifiques. Il entretient des liens constants avec les cercles psychanalytiques. Axel, le scientifique, est pétri de cette culture universelle laïque, il ne croit pas aux déterminismes exclusifs qu’ils soient religieux ou génétiques, mais plutôt à la pluralité des influences… Si le généticien s’attache à explorer les déterminations biologiques qui commandent les processus psychiques et culturels, il se refuse à établir une relation directe et mécanique entre les gènes et les comportements. Kahn a toujours distingué clairement ce qui relève du support physique, physiologique, biologique, génétique et ce qui en est la manifestation. La connaissance la plus aboutie des bases matérielles de nos opérations mentales n’expliquera jamais l’émergence d’une pensée morale.  

 

C’est précisément là que s’exprime notre liberté. Axel, l’éthicien, fut habité sa vie durant par l’injonction paternelle délivrée au jour de la mort qu’il s’est donné : « Sois raisonnable et humain ! » C’est une énigme dont le fils mettra beaucoup de temps à prendre la mesure. Sans doute son père était-il préoccupé par la violence intellectuelle et les positions militantes emportées de son fils. Par ce legs sans éteindre sa fougue, il lui imprime de la tempérance, mais il anime surtout en lui sa ferveur éthique. 

 

Si nous ne sommes rien d’autre que la somme des événements qui nous ont modelés, de quelle liberté puis-je vraiment prétendre ? C’est par la reconnaissance de mon interdépendance à autrui que se fonde ma pensée morale et ma liberté. Si l’homme n’est pas naturellement bon, il possède cette aptitude à porter un regard critique sur ses pensées et sur ses actes, je ne me reconnais et n’adviens en tant que sujet que par une médiation à l’autre, inscrit lui-même dans un cadre social acculturé : « Je ne sais ce que je suis et ce que je vaux qu’à travers l’autre. » Cette reconnaissance inscrit l’individu dans un échange mutuel par lequel il acquiert le sens de la réciprocité. Elle l’introduit à la conscience de la valeur intrinsèque de l’autre et à son respect. La naissance du sens moral s’inscrit dans la logique de cette dynamique psychique interindividuelle par la prise de conscience que l’autre m’est indispensable ! De là se déduit cet impératif moral : « J’appelle Bien tout ce qui procède de la pensée, et des actions qui en découlent, ayant comme objectif de préserver l’humanité de l’autre en ce que je la reconnais équivalente à la mienne propre. »

 

A titre personnel, nous ne voulons pas oublier la belle soirée aubussonnaise, ce diner partagé à l’Hôtel de France lors de ce Voyage au bout de soi, si bien nommé. C’est en lisant son journal que nous découvrirons plus tard que l’avant-veille, avant d’aborder la vallée des peintres (Crozant), Axel, le randonneur, a fait une chute sévère, entraîné par le poids de son sac à dos son épaule droite s’est déboitée, provoquant une vive douleur. Le temps de remettre la tête humérale en place et de poursuivre son chemin toujours admiratif des paysages mais avec la douleur pour compagne : « Gémir, pleurer, prier est également lâche ». Tel fut Axel Kahn, le stoïcien, évoquant La mort du loup face à l’imminente mort promise. Apaisé, car il avait fait « sa longue et lourde tâche dans la voie ou le sort » l’avait appelé : « Ce qui m’importe le plus, c’est le sens à donner à une vie qui n’en a pas elle-même ».

Si la mort était pour lui « un non-événement », elle en est un, pour ceux qui s’éclairaient de sa Lumière.   

 

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