Témoignage atelier précarité

Julia GIRY, infirmière, Pass, CH Guéret

Témoignage Julia GIRY, Infirmière à la PASS (Permanence d’Accès aux Soins de Santé). Centre Hospitalier de Guéret.

Fonction :

Infirmière D.E diplômée de l’IFSI de Guéret en novembre 2006. Mes différents postes :

– La Valette à Véronèse de fin 2006 à janvier 2008

– EHPAD Pierre Guilbaud à Bussière-Dunoise de février 2008 à décembre 2014

– J’ai demandé une dispo pour faire du libéral (remplacements sur toute la Creuse) de janvier 2015 à janvier 2017

– J’ai réintégré mon poste en EHPAD en janvier 2017

– En septembre 2018, j’ai intégré la MAIA Nord Creuse qui venait de se créer (l’antenne d’Aubusson existait depuis plusieurs années), je suis devenue gestionnaire de cas complexe. La MAIA s’est transformée rapidement en PTA (DAC actuellement). J’ai fait un DU coordinateur en soins gérontologiques car à ce moment-là c’était obligatoire pour être gestionnaire de cas. La pilote était Valérie Salabert (donc ma supérieure hiérarchique)

– Je suis IDE à la PASS du CH depuis septembre 2020, (c’est Valérie qui m’en avait parlé car elle avait réintégré son poste d’assistante sociale de ce service). Je viens diplômer d’un DU santé, précarité

  • Rôle et spécificités du service :

Service qui prend en charge médicalement et socialement des personnes qui soit n’ont pas de couverture sociale ou une couverture partielle, soit sont en rupture de parcours de soins du fait d’une grande précarité. Le but est que tout le monde ait accès à la santé. Mon rôle est de coordonner le parcours de soins du patient. La patientèle est majoritairement étrangère car généraliste pour faire des bilans de santé complets, mais aussi pour prendre en charge des problèmes aigus ou chroniques. Le service a un budget dédié pour payer tous les frais médicaux à condition qu’ils soient dispensés sur le site du CH (médicaments avec notre pharmacie centrale, imagerie, consultations spécialistes, examens biologiques, consultations avec le médecin de la PASS et tous les soins faits par l’IDE PASS comme les pansements par exemple). L’assistante sociale est aussi là pour ouvrir des droits, monter des dossiers et s’occuper de toute la partie sociale quand c’est nécessaire (elle fait plutôt la précarité française car pour les migrants les intervenants sociaux font déjà cette partie-là, donc nous n’avons pas vraiment de patients en commun).

Normalement, la PASS doit être mobile. Pour l’instant, ce n’est pas le cas, mais l’intérêt est d’aller vers les personnes les plus précaires qui ne peuvent pas forcément venir à moi ou ne me connaissent pas. Si je fais peu de précarité française, c’est que généralement on ne connait pas le service à l’extérieur, ni ce qu’on peut proposer. Beaucoup s’empêchent de se soigner faute de moyens financiers et de connaissances sur les dispositifs existants.

  • Relation avec les patients :

Je pense être leur point de repère sur l’hôpital. Je suis présente lors de la consultation médicale et après j’assure le suivi du patient. J’accompagne aux différents RDV si nécessaire, j’explique tout le jargon médical et transmets les éléments médicaux que tout patient doit avoir en sa possession (résultats d’analyses de sang, compte rendu médical, résultats imagerie). Ils ont mes coordonnées et peuvent m’appeler, m’envoyer des messages et venir me voir à tout moment dans mon bureau. Je fais le lien avec les autres services, avec les professionnels extérieurs, je gère souvent l’interprétariat et j’essaie de faire en sorte que la personne soit en confiance et ait bien compris tout ce qui se passe dans son parcours médical (expliquer une maladie en cours ou comment se passe un examen, orientation vers d’autres professionnels, prévention et éducation thérapeutique etc…). Même quand ils ne font plus partie de ma file active, j’ai souvent des demandes de conseils. Je crois qu’ils apprécient que je puisse prendre du temps alors que souvent ils sont entourés par des professionnels qui doivent faire les choses rapidement et avec parfois peu d’explications.

  • Ressenti des usagers :

Je ne sais pas ce que ressentent mes patients. Je le suppose bien sûr, mais il est difficile de le savoir précisément avec la plupart car il y a tous les profils, toutes les cultures, toutes les religions avec tout ce que cela implique. En fonction de leur histoire, de leur situation actuelle, les patients ne gèreront pas les choses de la même manière. Ma relation avec eux sera également différente. Il peut y avoir une certaine retenue de par leur vécu et la prise en charge dont ils bénéficient en France.

Mais j’essaie de me mettre au maximum à leur portée, de m’adapter à eux, là où le plus souvent c’est l’inverse qui est appliqué. Ils ont l’habitude de devoir s’adapter à leur nouvel environnement, aux intervenants etc… sauf avec moi. Ma file active est importante mais je peux encore me permettre de prendre du temps pour chaque personne donc ils ont un endroit où aller quand ils ont des besoins médicaux mais aussi sociaux, un lieu d’écoute et un point de “chute”. Le fait que je prenne le temps de communiquer avec eux dans leur langue maternelle  aide certainement à tisser une relation de confiance, je pense. Ils savent qu’ils peuvent tout me demander et que je réponds au fur et à mesure en fonction de ce qui est voulu ou réoriente quand ça me dépasse.

Sur la personne elle-même.

–        Comment se présente-t-elle ? Intervenants sociaux la plupart du temps, surtout pour les migrants, parfois d’eux-mêmes parce qu’ils ont entendu parler du service par d’autres patients

–        Par quel canal vous contacte-t-elle ? Mails ou appels téléphoniques pour les 1ers RDV (pros et patients), sinon les sms sur mon portable pro (c’est plus facile pour les personnes allophones qui peuvent traduire nos conversations), par les urgences quand ils se présentent mais que ça ne requiert pas ce service

–        Sur quelle demande ? En 1ère intention c’est souvent pour un bilan général d’arrivée en France (souvent avec une problématique aiguë ou chronique en plus), ensuite ça peut être pour un suivi, une prise en charge infirmière, un pb de santé ponctuel, une demande sociale

 Sur le professionnel.

–        Les attentes des personnes sont-elles à la mesure des réponses que vous pouvez apporter ? Pas toujours. Pour les personnes françaises, ils ont souvent besoin d’une solution ou qu’on réponde à un besoin immédiatement et ils espèrent que ce service les aidera dans ce sens mais ce n’est pas le cas. Pour les migrants, la France est un Eldorado, ils se font souvent une image fausse de la prise en charge de la santé dans notre pays alors ils sont parfois frustrés (des procédures, des délais de rdv ou de dossiers) mais dans l’ensemble, ils sont plutôt satisfaits d’avoir des personnes à leur écoute en toute bienveillance, de pouvoir accéder aux soins etc…

–        Avez-vous des réponses sociales, administratives satisfaisantes à apporter ? Là encore pas toujours. On fait au mieux, mais il y a souvent bcp de détresse chez quelqu’un qui ne va plus savoir où dormir (un migrant débouté qui doit partir de sa structure d’hébergement ou qui n’a plus de recours administratif pour rester en France ou un sans-abri qui ne trouvera pas de place au 115). Hormis ça, ma collègue assistante sociale trouve généralement des solutions sociales pour les aider, les intervenants sociaux des différentes associations avec qui je collabore sont proactifs et se démènent pour faire des démarches.

Difficultés spécifiques à l’accompagnement de la personne précaire : barrière de la langue, détresse physique et psychologique, pb de communication avec les différents professionnels (entre établissements de santé par exemple) ce qui ralentit la prise en charge ou fait doublon car pas de dossier PASS commun sur toute la France, peu de temps médical mais une demande en constante augmentation, pas encore d’aller-vers donc tout un pan de la population qui aurait besoin d’accéder aux soins se retrouvent seuls, sans ressource (isolement social, géographique, difficultés à faire des démarches administratifs, c’est encore plus compliqué quand on n’a pas de médecin traitant)