Présentation

Projet d’atelier de la pluridisciplinarité en acte

au service de la personne vulnérable

Contexte du projet

Le traitement et l’accompagnement des personnes vulnérables (enfants et adultes handicapés, atteintes de maladies chroniques, en état de dépendance…) nécessitent la mobilisation de services différents, en principe complémentaires. L’expérience montre combien les acteurs concernés peinent à réaliser un ensemble cohérent. Il est reconnu que les usagers pâtissent de leurs positionnements désordonnés voire discordants. L’expérience témoigne en outre que la mise en œuvre d’un partenariat est constamment corrélée à la question de l’éthique. Les recommandations de bonnes pratiques aux professionnels demeurent la plupart du temps des exhortations creuses. L’éthique, pas plus que la cohérence ne se décrète.

En 1994, une Charte de la Transdisciplinarité est édictée par Basarab Nicolescu, cosignée par Edgar Morin et Lima de Freitas. Ce texte rappelle la complexité du monde et l’impérative nécessité d’en rendre compte de façon transdisciplinaire. Elle prône « l’unification sémantique et opérative des acceptions à travers et au-delà des disciplines », une rationalité résolument ouverte… Elle se conclut sur d’indispensables exigences éthiques : rigueur, ouverture et tolérance.

Cette charte constitue une référence pour les praticiens conscients de la nécessité de penser et d’agir au-delà de leur seule expertise, soucieux de s’ouvrir aux savoirs qui interagissent avec le leur. Elle exprime un vœu largement partagé et conduit à poser la question suivante : Existe-il un processus pluridisciplinaire en constante élaboration qui permette de soutenir les exigences éthiques (respect des besoins, des demandes et des aspirations de la personne en souffrance, respect des partenaires) et de tendre vers une perspective transdisciplinaire ?

Finalité

Le but de cette recherche est la mise en œuvre d’une démarche transmissible par laquelle des acteurs disparates peuvent se trouver en concordance. Un atelier conçu comme un outil de formation collectif permanent destiné à tous les professionnels et aux citoyens concernés par l’accompagnement de la personne vulnérable.

Pilotage de la démarche

Porteur du projet : Alain Depaulis en collaboration avec Alain Molas, Jean Navarro et Corinne Rougerie.

Présidents d’honneur : Edgar Morin et Axel Kahn.

1. Son développement est soumis à la supervision de lecteurs critiques extérieurs : un sociologue, un philosophe et un représentant des usagers.

2. Le comité scientifique est composé d’acteurs régionaux, associés à des acteurs nationaux en qualité de chercheurs et d’experts issus du champ sanitaire, social, médico-social et d’usagers.

3. Les équipes d’application, leurs partenaires, leurs usagers en relation avec deux référents du comité scientifique.

Méthodologie

Base de réflexion :

En s’appuyant sur une diversité d’établissements sanitaires, sociaux et médico-sociaux, ce projet consiste à explorer six axes identifiés1 comme conditions nécessaires aux meilleures relations pluridisciplinaires possibles :

  1. Identifier et interroger les dysfonctionnements de la pluridisciplinarité.

  2. Identifier et partager un objectif commun.

  3. Permettre à l’usager d’advenir en position d’usageant.

  4. S’ouvrir à une pratique de reconnaissance mutuelle.

  5. Réinterroger les modalités de l’échange entre partenaires.

  6. S’ouvrir à l’exercice de la réflexivité

Le choix des axes résulte du travail réalisé en amont dont la bibliographie déposée sur le site rendra compte, par exemple : Mireille DELMAS-MARTY (Le pluralisme ordonné), Georges DEVEREUX (La méthode complémentariste), Fabrice DHUME (Le partenariat), Jürgen HABERMAS (Repenser l’espace public), Axel KAHN (L’éthique), Jacques LACAN (le cartel), Bruno LATOUR (Un monde pluriel mais commun), Edgar MORIN (La complexité humaine), Bertrand RAVON (L’usure professionnelle), Paul RICOEUR (Parcours de la reconnaissance), Donald A. SCHÖN (La réflexivité).

Présentation des 6 axes :

Le traitement et l’accompagnement de la personne vulnérable (handicapée, atteinte de maladie chronique, en état de dépendance passagère ou durable, ou encore socialement marginalisée) nécessitent les soins de spécialistes et de services différents, en principe complémentaires. Pourtant ce réseau d’intervenants peine à réaliser un ensemble cohérent. Chacun est aujourd’hui conscient de la nécessité d’explorer des voies d’élaboration collective qui favorisent le plus de cohérence possible.

Douze équipes se proposent d’interroger le fonctionnement de cette pluralité chaotique. Organisées en collectif sous le nom de Pluriact, elles ouvrent un atelier sur leur pratique pluridisciplinaire. Ces équipes, aux missions très variées, n’ont de commun que d’être au service de personnes en situation de fragilité temporaire, durable ou définitive. Ces usagers peuvent être affectés au plan médical, psychologique, ou social, voire simultanément sur plusieurs plans.

De nombreux services sont confrontés à ce questionnement que d’abondants travaux philosophiques, sociologiques et juridiques viennent alimenter. Certaines expériences cliniques (pour citer une référence locale : celle du SESSAD-DI de Guéret) ont permis d’isoler les conditions susceptibles de soutenir l’éthique d’un collectif et de susciter des effets de cohérence, des conditions propices à favoriser la fluidité dans les parcours de soin.

Six axes, à priori incontournables (que l’expérience validera ou invalidera), sont ainsi retenus : analyse des dysfonctionnements pluridisciplinaires, objectif commun, usager/usageant, reconnaissance mutuelle, éthique de la discussion, réflexivité.

  • 1er axe : Identifier et interroger les dysfonctionnements de la pluridisciplinarité

Dès lors que l’on veut réinterroger la qualité de nos rapports à l’usager et l’organisation des services qui lui sont prodigués, il est indispensable de dresser un état des lieux, un inventaire des écueils, des quiproquos, des motifs de désordre et de conflit… Ces dysfonctionnements peuvent être simplement liés à nos singularités professionnelles : le langage et la méthodologie du médecin ne sont pas ceux du travailleur social ! L’organisation administrative des services n’est certainement pas négligeable dans les motifs de discorde, en raison par exemple de missions différentes qui se chevauchent parfois, sans négliger les complications relationnelles qui en découlent entre équipes… Nous n’échapperons vraisemblablement pas aux incidences humaines qui polluent les échanges professionnels : tels la certitude, la maîtrise, la rivalité… Ce préalable connu sous le nom d’auto-réflexion (Jürgen HABERMAS, Edgar MORIN) est indispensable à la prise de conscience de nos dysfonctionnements et à la nécessité de leur apporter un remède.

  • 2ème axe : identifier et partager un objectif commun

Les recherches sur le travail en équipe nous ont enseigné l’importance de ce qui fonde la qualité de la dynamique d’un groupe : un objectif partagé dont chacun a un sens aigu. Plus ce sens est reconnu comme essentiel, voire vital, plus il est fédérateur et mobilisateur (Roger MUCCHIELLI, Le travail en équipe…). La vitalité de tout collectif est soutenue par son identification à une valeur qui le transcende. Notre collectif ne peut se mobiliser que s’il est lié par un objectif commun qui fait sens pour chacun et pour tous. Dès lors qu’un praticien considère que son acte est parfaitement dissociable de la vie de son patient, ignorant son incidence au plan physique, psychique ou environnemental, il ne saurait se mobiliser sur une analyse clinique pluridisciplinaire. Chacun doit donc avoir acquis le sens de la relativité de son exercice professionnel et l’aspiration à une vision transdisciplinaire. Dès lors en quels termes définir un objectif commun si fédérateur que chacun sera naturellement enclin à s’y référer ?

  • 3ème axe : permettre à l’usager d’advenir en position d’usageant

L’usager est au centre d’un réseau d’intervenants. Il occupe cette position complexe d’être l’objet de soins plus ou moins dispersés qu’il supporte en tant que sujet ayant, seul, le savoir singulier de leurs effets au plan corporel, psychologique et environnemental. Naguère considéré comme un simple receveur de services de santé, l’usager tend à occuper une position active et responsable. Je l’ai nommé usageant. Si l’usager est un consommateur de soins, l’usageant est un acteur impliqué dans la prescription. Cette évolution nous conduit à lui reconnaître un rôle déterminant face aux experts. Mais est-il si simple de permettre à celui qui est, par définition, en situation vulnérable, d’avoir un avis éclairé face au savoir des experts et à la complexité technique des interventions ?

  • 4ème axe : S’ouvrir à une pratique de la reconnaissance mutuelle

L’inventaire des écueils du travail-ensemble met en relief l’échec de la communication. Chacun parle d’une place singulière en raison du statut qu’il a, de la fonction qu’il occupe, tributaire de la mission et de la méthode de l’équipe qu’il représente mais aussi en tant que personne propre ! Des places et des fonctions qui ne sont pas toujours clairement identifiées et qui occasionnent des confusions préjudiciables à l’action. On ne s’étonnera pas des hiatus fréquents que l’on constate entre des équipes qui se rencontrent peu et se connaissent mal ; ils n’en existent pas moins à l’intérieur même d’une équipe, aux relations pourtant quotidiennes. Afin de réduire ces parasites inter relationnels, un travail préalable d’identification semble s’imposer. (Paul RICOEUR, Parcours de la reconnaissance).

  • 5ème axe : réinterroger les modalités de l’échange entre partenaires

Comment dès lors travailler ensemble ? Les échanges entre partenaires peuvent très facilement favoriser la confusion en raison de la complexité que la pluridisciplinarité embrasse. Comment permettre à chaque protagoniste d’exposer clairement son diagnostic et de pouvoir à son tour écouter pleinement le diagnostic de son partenaire ? Comment permettre à chaque spécialiste, cantonné à son expertise, de réellement prendre en compte le témoignage apporté par des acteurs tributaires d’une autre logique, impliqués au même titre que lui auprès de l’usager ? Comment permettre l’expression et le développement le plus sérieux possible des échanges techniques ? Comment les inscrire dans la durée ? (Bruno LATOUR, la diplomatie, Jürgen HABERMAS, l’éthique de la discussion)

  • 6ème axe : s’ouvrir à l’exercice de la réflexivité

La complexité pluridisciplinaire ne peut espérer tendre vers une élaboration cohérente que dans une constante mise à distance des actions des divers protagonistes et de leurs interactions. Une mise en perspective des diverses expertises peut par exemple concourir à une distanciation des interventions pour elle-même et pour les autres. Comment instruire les différents témoignages afin de tendre vers une vision panoramique ? Comment d’autre part soutenir des échanges humains dans les meilleures conditions éthiques possibles. La réflexivité par ce qu’elle nous renvoie de notre fonctionnement, de notre rapport à l’usager, à nos partenaires, à notre exercice professionnel ne s’offre-t-elle pas comme un outil indispensable ? (Axel KAHN, Edgar MORIN, Donald SCHÖN, Thomas NAGEL…)

Au terme de ce cycle nos questions trouveront-elles une réponse :

  • L’articulation de ces 6 axes permet-il le développement d’un processus qui soutienne l’éthique du collectif et suscite des effets de cohérence ?

  • Dans une hypothèse affirmative, ce processus peut-il être l’objet d’une transmission et support d’un module de formation continue gratuit ?

  • Cette expérience réalisée dans le champ médical et médico-social est-elle transposable dans d’autres domaines ou s’exprime le pluralisme ?

Budget

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